"Pas de risque de diffusion" de la peste en Europe, dit la directrice du centre de référence à l'Institut Pasteur
Il n'y a "pas de risque de diffusion" de la peste en Europe, dit à l'AFP le Dr Anne-Sophie Le Guern, directrice du Centre National de Référence (CNR) de la peste à l'Institut Pasteur, après la mort d'une laborantine d'un institut russe étudiant cette maladie.
Question: Qu'est-ce que la peste ?
Réponse: La peste est une maladie des rongeurs sauvages, qui est transmise de rongeur à rongeur par l'intermédiaire des puces. Elle est due à une bactérie, Yersinia pestis, qui circule dans son réservoir animal, et les foyers animaux se trouvent essentiellement en Afrique. Les plus gros foyers sont à Madagascar où elle est endémique avec 100 à 500 cas par an chez l'homme et en République démocratique du Congo, entre 100 et 300 cas. On en trouve aussi chez des animaux dans les parcs de l'Ouest américain, en Amérique du Sud, au Pérou, au Brésil, et récemment en Mongolie et en Chine.
Q: Comment les humains l'attrapent-ils ?
R: L'homme se contamine au contact des rongeurs malades: lorsqu'une puce saute sur l'humain, elle lui inocule la bactérie. Cette bactérie va ensuite migrer jusqu'au ganglion lymphatique le plus proche, s'y développer, et ça va faire une inflammation dans le ganglion, une tuméfaction qui s'appelle un bubon, accompagnée de fièvre. C'est la peste bubonique. Ensuite, il y aura une lutte entre le système immunitaire et la bactérie: s'il surmonte la bactérie, le patient va guérir. Sinon, la bactérie va se disséminer dans l'organisme: elle pourra alors atteindre le poumon, s'y développer et provoquer une pneumonie. Les symptômes sont une fièvre qui peut monter à 40-41 degrés, de la toux, une grande fatigue, une prostration... C'est la forme pulmonaire, qui est transmissible d'homme à homme par l'intermédiaire des gouttelettes respiratoires, lorsque le patient tousse.
Q: La forme pulmonaire est-elle la plus grave ?
R: Oui, elle évolue en trois ou quatre jours et aboutit invariablement au décès de la personne, sauf si on lui donne des antibiotiques précocement, avant l'apparition de symptômes, ou au tout début. Si on en meurt, c'est parce que la bactérie aura disséminé dans l'organisme et atteint tous les organes. Il faut traiter précocement, dès l'apparition des symptômes, bubon ou fièvre, pour que le patient ait plus de chances de survie. Si on administre des antibiotiques, des fluoroquinolones en général, ça marche bien, on sauve les patients.
Q: Existe-t-il un vaccin ?
R: Un vaccin a été développé dans les années 1930, mais son efficacité était de courte durée et il avait beaucoup d'effets secondaires. Donc, il n'est plus utilisé. Des laboratoires, dont le nôtre, travaillent à développer un nouveau vaccin qui serait efficace et mieux toléré.
Q: C'est l'une des maladies "ré-émergentes" dans le monde selon l'Organisation mondiale de la santé ?
R: Il y a effectivement des foyers qui réémergent de temps en temps sans qu'on sache très bien pourquoi, c'est encore un grand mystère. Il y a beaucoup de recherches à faire. Effectivement, la maladie peut réémerger dans des zones où il n'y a pas eu de cas de peste humaine depuis 30 ou 40 ans comme en Algérie au début des années 2000 ou en Asie centrale dans les années 1990.
Q: Faut-il s'inquiéter du cas mortel survenu en Russie ?
R: Cette alerte est inquiétante, évidemment, pour les personnes qui sont touchées. Mais il n'y a pas de risque de diffusion: quand un cas de peste est diagnostiqué, on recense tous les contacts que la personne a eus à partir du moment où elle a été contaminée ou a développé des symptômes. Et l'on met en observation tous ces gens, on peut éventuellement leur donner aussi des antibiotiques en prévention. Donc, en général, ça s'arrête là. En France et en Europe de l'Ouest, on a une bonne nouvelle, c'est qu'il n'y a pas de peste chez les animaux: nous n'avons pas de risque de l'attraper.
J.Jackson--PI