Patinage: "J'étais dans une situation dangereuse pour ma santé", affirme Gabriella Papadakis
L'ancienne patineuse Gabriella Papadakis, qui raconte dans un livre son ressenti sur sa carrière et sa relation avec son partenaire Guillaume Cizeron, estime avoir été dans une "situation dangereuse pour (sa) santé physique et mentale", explique-t-elle dans un entretien à l'AFP.
Dans son ouvrage, "Pour ne pas disparaître" (éd. Robert Laffont) paru jeudi, elle décrit notamment le mal-être éprouvé dans le milieu du patinage et dans le cadre de son partenariat avec Cizeron, jugeant avoir été sous son "emprise" au cours de leur carrière commune, racontant avoir longtemps été "terrorisée" par "l'idée de (se) retrouver seule" avec lui.
Le patineur, qui s'apprête à disputer les JO de Milan avec une nouvelle partenaire, la Franco-Canadienne Laurence Fournier Beaudry, a de son côté dénoncé des "propos diffamatoires" et annoncé "confier ce dossier à (ses) avocats".
QUESTION: Ce livre a-t-il été facile à écrire?
REPONSE: "Oui et non. Il n'y avait jamais un jour où je ne savais pas quoi écrire. C'est comme si ça bouillait en moi depuis tellement longtemps que du coup, je me mettais à écrire. Et puis ça sortait, ça sortait, ça sortait. Et en même temps, évidemment qu'émotionnellement, ça a été difficile. Parfois, je devais prendre des pauses parce qu'il fallait que je respire. Des fois, je tombais même malade du fait de retraverser certaines choses. Mais cela a été aussi ultra libérateur. Et à la fin de l'écriture, je me suis sentis super légère."
Q: A la lecture du livre, on a l'impression que vous avez presque toujours éprouvé un mal-être dans le monde du patinage...
R: "C'est un monde qui peut être très difficile pour les femmes. Comme beaucoup dans ce milieu, je ressentais parfois une difficulté à m'adapter. C'est quelque chose sur lequel j'ai pris du temps à mettre des mots. J'ai fait un travail thérapeutique qui m'a permis de regarder mes expériences avec du recul et décortiquer ce que j'avais ressenti et les dynamiques d'oppression. Je reçois tous les jours plusieurs messages de femmes qui me disent +Merci, j'ai patiné quand j'étais jeune, j'ai eu une expérience absolument traumatisante, merci d'en parler enfin et d'enlever un peu cette omerta+."
Q: Pourriez-vous résumer en quelques mots ce que vous reprochez à Guillaume Cizeron?
R: "Mon livre n'est pas un livre de reproches. C'est un livre qui analyse, avec le plus de complexité et de nuances possibles, mon expérience dans ce sport-là. La relation que j'ai eue avec mon ancien partenaire est symptomatique de ce système-là. Je vivais peut-être une forme d'emprise et des choses qui n'étaient pas tolérables, mais en fait, cette relation est à l'image du système. Elle n'est pas unique, elle est très commune. Il y a encore plein de personnes qui la vivent aujourd'hui."
Q: Votre relation avec Guillaume Cizeron a souvent été décrite comme une belle histoire d'amitié? Tout cela n'était donc que du storytelling?
R: "Toutes les relations de couple sont complexes, parce qu'il y a beaucoup d'enjeu, que ce soit pour les carrières des individus, mais aussi pour les carrières des entraîneurs, pour la Fédération, pour le pays, qui veut avoir des médailles. Donc il faut tout garder en place. C'est un sport qui est jugé donc ce qui est fait sur la glace entre en jeu, mais la réputation est aussi jugée et peut impacter potentiellement le résultat. C'est très opprimant."
Q: "Pourtant, après les Jeux de Pékin, vous avez voulu reprendre la compétition avec Cizeron, cela paraît surprenant compte tenu de ce que vous racontez de votre relation...
R: "Même si j'avais eu la consécration d'une médaille d'or aux JO, j'avais envie de continuer à vivre de ma passion. J'avais déjà entamé un travail thérapeutique et j'espérais revenir dans de meilleures conditions, changer les choses à mon niveau, et donner un autre exemple que celui dans lequel j'avais grandi. J'ai essayé de changer les choses mais ça n'a pas fonctionné, la discussion n'était pas ouverte. Petit à petit, je me suis rendu compte que j'étais dans une situation dangereuse pour ma santé physique et mentale."
Q: Comment allez-vous suivre les Jeux olympiques de Milan (6-22 février)?
R: "Je devais aller à Milan en tant que commentatrice avec (la chaîne américaine) NBC. Malheureusement, ils m'ont appelée il y a quelques jours parce qu'après la mise en demeure de mon ancien partenaire, ils ont changé d'avis, ce qui me rend très triste. C'est un regret mais en même temps, je savais qu'en écrivant ce livre, ça allait malheureusement avoir un impact sur ma carrière. Les gens qui prennent parole contre des systèmes d'oppression, ça ne se passe jamais très bien."
W.Wright--PI