Philadelphia Independent - Feux en Indonésie : la lassitude des habitants de Bornéo, intoxiqués par les fumées

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Feux en Indonésie : la lassitude des habitants de Bornéo, intoxiqués par les fumées
Feux en Indonésie : la lassitude des habitants de Bornéo, intoxiqués par les fumées / Photo: REINA - AFP

Feux en Indonésie : la lassitude des habitants de Bornéo, intoxiqués par les fumées

C'est en tremblant et sous oxygène que Sudarsono évacue sa petite maison de Palangkaraya, dans la partie indonésienne de l'île de Bornéo, menacée par la fumée âcre des feux qui ravagent la région.

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L'homme de 57 ans est souffrant depuis qu'il y a plusieurs jours, lui et trois amis ont lutté contre les flammes qui s'approchaient de logements en périphérie de la ville. C'est l'une des plus durement touchées par ces mois d'incendies généralisés et de brouillard toxique émanant des feux.

"Je portais un masque, des lunettes de protection, tout, mais j'ai été encerclé par la fumée. Je suis rentré à la maison parce que je n'en pouvais plus", raconte cet agriculteur aussi ouvrier du bâtiment, alors qu'il est installé à bord d'une ambulance pour être conduit à l'hôpital. L'AFP l'a rencontré la semaine dernière.

Le jardin de Sudarsono a été noirci par les flammes. Seules quelques souches d'arbre sont visibles, outre une fumée persistante.

"J'espère qu'il n'y aura plus de brume, que (la province du) Kalimantan central va être débarrassée des incendies pour que les gens puissent se sentir en sécurité, travailler et gagner leur vie", souhaite Sudarsono alors que se ferment les portes de l'ambulance.

Le quinquagénaire fait partie des plus de 11.000 personnes traitées pour des infections respiratoires à Palangkaraya depuis qu'a commencé, il y a de cela des mois, la crise des incendies en Indonésie et dans les pays voisins.

D'après le ministère de la Santé, plus de 300.000 habitants de sept provinces indonésiennes ont développé une infection des voies respiratoires entre août et octobre.

Dans un refuge géré par une ONG à Palangkaraya, Alexandra Surya Habsari est soignée par un inhalateur et de l'oxygène. Elle présente des maux de tête et des difficultés pour respirer.

"J'en ai vraiment marre mais je ne sais même pas contre qui je suis censée être en colère (...) Ça dépasse déjà largement ce qui peut être considéré comme normal à supporter pour un être humain", déclare-t-elle à l'AFP.

Le smog toxique provoqué par les feux renferme des composés dangereux, comme le formaldéhyde, le cyanure d'hydrogène, l'ammoniac. Ou encore des particules fines PM2,5, capables de pénétrer dans les poumons et le système sanguin.

- "Ce qu'on respire, c'est du poison" -

Depuis des mois, l'archipel indonésien est aux prises avec les feux. D'après Nusantara Atlas, un dispositif indépendant de surveillance de la déforestation et des incendies de forêt, ces derniers ont consumé plus d'1,9 million d'hectares dans les neuf mois jusqu'à septembre.

Le gouvernement n'a ni confirmé ni infirmé ce chiffre.

Alors que le sujet enflamme les relations diplomatiques de l'Indonésie avec plusieurs pays voisins, victimes de la pollution atmosphérique, la patience de certains habitants atteint aussi ses limites. En témoignent quelques manifestations contre le gouvernement.

Le ministère de la Santé a dit avoir mis sur pied près de 500 sites au niveau national pour garantir un accès gratuit à de l'oxygène et aux traitements pour tous ceux souffrant du brouillard toxique.

Près de 300 d'entre eux se trouvent dans le Kalimantan central.

Des bus affrétés par les autorités locales sillonnent également Palangkaraya avec des bouteilles d'oxygène.

"Aujourd'hui, dans ce bus, je peux obtenir gratuitement de l'aide pour respirer", décrit à l'AFP une habitante, Siti Jumiati. Elle tousse et ses yeux, rougis, la brûlent, comme sa gorge.

Les personnes souffrant le plus d'infections respiratoires sont âgées de 17 à 59 ans : ce sont celles qui, malgré la brume, doivent partir travailler, raconte Riduan, membre des autorités sanitaires.

Alexandra, 43 ans, est l'une d'entre elles. Son trajet quotidien de 20 minutes pour se rendre au bureau est devenu un calvaire.

"Nous sommes censés pouvoir voir le ciel bleu, respirer de l'oxygène, voir le soleil et profiter de l'air pur. Mais lorsque c'est comme ça, ce qu'on respire, c'est du poison", regrette-t-elle.

K.King--PI