En Serbie, immense liesse populaire après la chute du "tyran" Vucic
Concert de klaxons, foule en liesse et embrassades: l'annonce par le nationaliste Aleksandar Vucic de sa défaite aux législatives anticipées dimanche après 14 ans de domination de la vie politique a provoqué une explosion de joie dans les rues de Belgrade et d'autres villes serbes.
"Plus jamais nous n'aurons de tyran dans ce pays", a déclaré Ilija Srdanovic, représentant de la liste des étudiants, devant les militants brandissant des ballons colorés et des drapeaux serbes.
Des groupes d'hommes cagoulés, vêtus de noir, se sont précipitamment éloignés d'un campement pro-gouvernemental qui occupait depuis des mois un parc municipal situé en face du parlement.
La foule a envahi le parc et démonté les tentes restantes. Une tente a été incendiée, mais aucun affrontement n'a été signalé. Des camions transportant des policiers antiémeute ont été vus quittant le centre-ville, tandis que la foule les acclamait et leur faisait des signes.
Suzana Mila Martic, une étudiante, a dit à l'AFP "se sentir incroyablement bien". "J’ai l'impression de vivre enfin dans un pays libre", a-t-elle affirmé en pleurs en ce jour historique.
"Ce soir, on va faire la fête comme on sait le faire en Serbie", a déclaré Radomir Saicic, fier d'être du côté des vainqueurs. "On va chanter, on va danser, on va s'embrasser, les larmes vont couler!".
Des dizaines de milliers de personnes criant "Victoire! Victoire!" ont convergé devant le parlement à Belgrade, lançant des fumigènes, de nombreux passants brandissant trois doigts, numéro de la liste électorale soutenue par les étudiants et salutation traditionnelle serbe.
Une journaliste de l'AFP a vu les militants entamer une danse folklorique, tandis que Mirjana Nikolic, candidate sur la liste des étudiants et rectrice de l'Université des arts dramatiques voulait rendre hommage à "tous ces jeunes, sans qui rien n'aurait été possible".
Des chaînes locales ont également montré des scènes de liesse dans d'autres villes serbes, notamment un rassemblement de plusieurs milliers de personnes à Novi Sad, où le mouvement de protestation a commencé.
Cette victoire est l'aboutissement de près de deux années de manifestations déclenchées par l'effondrement en 2024 d'un auvent de la gare de Novi Sad.
Seize personnes étaient mortes et les protestataires ont estimé que l'accident était une conséquence de la corruption endémique.
Début septembre, M. Vucic a fini par convoquer les élections, démissionnant de son second mandat à la tête de l'État afin de mener la campagne pour son camp.
Le mouvement étudiant s'est, lui, constitué en une force politique disparate. Sa liste unique n'a aucune tête d'affiche, mais a présenté une sélection de candidats issus de la société civile, dont le seul point commun était de vouloir battre le Parti progressiste serbe (SNS) d'Aleksandar Vucic.
J.Hall--PI