Philadelphia Independent - Pedro Sánchez, l'as des coups de poker devenu figure de proue de la gauche en Europe

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Pedro Sánchez, l'as des coups de poker devenu figure de proue de la gauche en Europe
Pedro Sánchez, l'as des coups de poker devenu figure de proue de la gauche en Europe / Photo: Ludovic MARIN - AFP/Archives

Pedro Sánchez, l'as des coups de poker devenu figure de proue de la gauche en Europe

Spécialiste des coups de poker politiques, le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez s'est taillé au fil des crises une réputation de dirigeant quasi indéboulonnable, parvenant à se bâtir, notamment en s'opposant à Donald Trump, une popularité certaine à gauche en Europe.

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L'année 2026 résume à elle seule son parcours: des coups d'éclat, à l'image de son pari de convoquer lundi des législatives anticipées en pleine crise du logement, un sens aigu de la communication, mais aussi une avalanche de critiques et de multiples appels à la démission émanant de ses opposants de droite et d'extrême droite.

Son "Non à la guerre" lancée en défi à Donald Trump sur le dossier iranien a particulièrement marqué l'opinion publique en Espagne et en Europe, et reste comme l'un des moments forts de son mandat, après huit années à la tête du gouvernement.

Sa dénonciation maintes fois répétée du "génocide" mené, selon lui, par Israël à Gaza et sa politique migratoire d'ouverture, à rebours de nombreux autres pays européens, ont contribué à l'ériger en figure de proue d'une gauche européenne.

Mais sur le plan intérieur, les derniers mois de son mandat ont aussi mis en lumière les difficultés d'un dirigeant dénué de majorité parlementaire, ébranlé par de multiples affaires judiciaires visant notamment sa femme ou de très proches collaborateurs au sein du Parti socialiste (PSOE), ou encore par la crise migratoire déclenchée par l'afflux de dizaines de milliers de migrants fin juillet 2026 à Ceuta.

"J'ai appris à donner le maximum jusqu'à ce que l'arbitre siffle la fin de la rencontre", analysait cet ancien basketteur amateur de 54 ans au sujet de la vie politique, dans une autobiographie publiée en 2019 et intitulée... "Manuel de résistance".

- Ténacité -

De fait, "El guapo" ("Le beau gosse"), comme il était surnommé au début de sa carrière en raison de son physique à la George Clooney, a traversé bien d'autres tempêtes.

"C’est un type très intelligent et un +killer+ de la politique, parce qu’il est froid", résume Pablo Iglesias, ex-leader du parti de gauche radicale Podemos et ancien vice-président de son gouvernement.

Né le 29 février 1972 à Madrid d'une mère fonctionnaire et d'un père entrepreneur, cet économiste --accusé de plagiat pour sa thèse, ce qu'il a toujours nié-- a pris les rênes du PSOE en 2014 dans une Espagne encore convalescente après la crise financière de 2008.

Cette première expérience se solde par un échec cuisant : le parti enregistre les pires résultats électoraux de son histoire et Sánchez est poussé vers la sortie.

Contre toute attente, il reprend la tête du PSOE six mois plus tard, après avoir sillonné l'Espagne à bord de sa Peugeot 407, accompagné de trois proches... qui seront quelques années plus tard mis en cause dans les affaires judiciaires qui l'empoisonnent.

Cette ténacité le conduit au pouvoir en juin 2018 après un nouveau coup d'éclat, quand il renverse le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, plombé par un scandale de corruption, et lui succède.

- Honni par l'opposition -

Disposant d'une majorité fragile, contraint de convoquer deux scrutins législatifs consécutifs en 2019 faute de dégager une majorité d'investiture, il s'allie finalement en 2020 avec ses anciens frères ennemis de Podemos (gauche radicale).

Donné une nouvelle fois pour mort politiquement après une débâcle de la gauche aux élections locales en mai 2023, il tente un nouveau pari en convoquant, déjà, des élections anticipées deux mois plus tard.

Arrivé deuxième, derrière son rival conservateur Alberto Núñez Feijóo, il parvient à nouveau après de longues tractations à se faire investir, au prix d'importantes concessions - dont une loi d'amnistie pour les indépendantistes impliqués dans la tentative de sécession de la Catalogne en 2017, à laquelle il était jusque-là opposé.

Honni depuis par l'opposition de droite et d'extrême droite, cet ex-membre du cabinet du haut représentant de l'ONU en Bosnie a également pâti des divisions au sein de son camp hétéroclite.

Incapable de faire voter au Parlement ses textes phares, à l'instar des deux décrets sur le logement rejetés vendredi par les députés, contraint de gouverner plusieurs années avec le même budget faute de pouvoir en faire adopter un nouveau, Pedro Sánchez a choisi de reprendre une nouvelle fois la main en convoquant des élections anticipées.

T.Reed--PI