Bosnie: le dirigeant bosno-serbe Milorad Dodik annonce la victoire de son parti dans la partie serbe
L'ancien dirigeant pro-russe de l'entité serbe de Bosnie, Milorad Dodik, a déclaré que son parti y avait conservé le pouvoir dimanche lors d'élections générales marquées par une forte baisse du taux de participation.
Quelque 3,4 millions d'électeurs étaient appelés à élire des responsables d'un millefeuille institutionnel - issu de l'accord de paix de 1995 - de partage du pouvoir entre les Bosniaques (musulmans), les Croates (catholiques) et les Serbes (orthodoxes).
L'enjeu principal de ces élections est la présidence tripartite, répartie entre les Bosniaques, et les Serbes et les Croates — les nationalistes serbes de Milorad Dodik ayant mené campagne pour une plus grande autonomie et une rhétorique sécessionniste.
"Si la magnifique victoire de Donald Trump n'avait pas eu lieu, nous serions probablement des cadavres politiques aujourd'hui. Mais maintenant, grâce au nouveau contexte, nous sommes des gagnants sur le plan politique", a-t-il déclaré à ses partisans à Banja Luka - capitale de la Republika Srpska (RS), l'entité serbe de Bosnie - , dans un discours où il a également remercié son proche allié, le président russe Vladimir Poutine.
Au pouvoir depuis 2006, ce tacticien chevronné de l'échiquier politique local a été démis en 2025 de ses fonctions de président de la Republika Srpska, pour le non-respect de l'autorité du Haut représentant international, chargé de faire respecter l'accord de paix.
Interdit par une décision en justice d'être président de la RS pendant six ans, M. Dodik, 67 ans, que son entourage qualifie toujours tout simplement de "président", a néanmoins continué à être aux manettes de l'entité, grâce au poids de son parti SNDS (Union des sociaux-démocrates indépendants), dont il a dirigé la campagne.
Selon les responsables électoraux, 95 % des bulletins ont été dépouillés et sa candidate, Zeljka Cvijanovic, est en bonne voie de conserver son siège de membre serbe à la présidence collégiale, tandis que le président sortant bosniaque, Denis Becirovic, est lui aussi en tête.
La candidate nationaliste croate de Bosnie, Darijana Filipovic, est également en tête pour le siège croate à la présidence.
Le parti de M. Dodik devrait également conserver le pouvoir au parlement de la Republika Srpska et à la présidence locale avec une large avance.
- Faible participation -
L'insistance répétée des grands partis sur une rhétorique de division ethnique héritée de la période de guerre a frustré certains électeurs, qui espéraient que les candidats aborderaient les problèmes économiques dans l'un des pays les plus pauvres d'Europe.
Le salaire moyen a augmenté de 570 à 885 euros depuis 2022, mais le coup de la vie a aussi crû de plus de 50 % durant la même période, selon l'union syndicale.
Après avoir voté à Laktasi, dans le nord de la Bosnie, Drazen Gvozdenovic, 40 ans, professeur d'accordéon, avait dit souhaiter des "améliorations, notamment en matière de salaires et d'emploi, afin que les gens puissent vivre en paix sans avoir à s'inquiéter de pouvoir subvenir à leurs besoins essentiels".
La Bosnie est divisée en deux entités autonomes, chacune avec son gouvernement : la RS et la Fédération croato-bosniaque, elle-même morcelée en dix cantons, avec leurs propres gouvernements. Tout est chapeauté par un gouvernement central et une présidence tripartite.
Les électeurs élisaient plus de 500 députés et autres responsables, dont les membres de la présidence. Dans un pays où les accusations de fraudes sont régulières, les bulletins étaient pour la première fois scannés dans les bureaux de vote et le comptage effectué automatiquement.
Le taux de participation a baissé de près de 10 points par rapport aux dernières élections de 2022, pour atteindre les 42 %, selon les autorités.
Les favoris proposent des visions très divergentes du pays, les Bosniaques étant favorables à un État central fort, les Serbes attachés à leur autonomie et les Croates exigeant une meilleure représentation politique.
Après deux décennies au pouvoir, Milorad Dodik et son parti s'opposent fermement à une adhésion à l'Union européenne de la Bosnie, alors que le membre bosniaque sortant de la présidence, Denis Becirovic, cadre du Parti social-démocrate (SDP) prône un rapprochement avec l'UE et l'OTAN.
Les partis nationalistes croates réclament, eux, une réforme électorale. Ils veulent avoir davantage leur mot à dire dans le choix du membre croate de la présidence au sein de l'entité qu'ils partagent avec les Bosniaques, plus nombreux.
R.Robinson--PI