Beyrouth somme l'Iran de ne plus intervenir au Liban
Les dirigeants libanais ont lancé vendredi des avertissements fermes à l'Iran, l'appelant à cesser d'interférer dans les affaires de leur pays, face à l'échec de la nouvelle trêve annoncée par Washington entre Israël et le mouvement islamiste Hezbollah soutenu par Téhéran.
L'armée israélienne a encore mené de larges frappes dans le sud du Liban, après avoir ordonné aux habitants d'une dizaine de villages de les évacuer, poursuivant ses attaques contre le Hezbollah qui a rejeté l'accord de cessez-le-feu.
"Ce n'est pas votre pays, c'est le nôtre (...) Vous n'avez pas à intervenir dans notre pays", a lancé le président libanais Joseph Aoun à l'adresse de l'Iran, tout en appelant le Hezbollah à choisir la voie diplomatique.
"Vous devez faire preuve d'une certaine volonté (...) de mettre fin à cette guerre", a-t-il aussi lancé à Israël. "Nous sommes prêts (...) Et vous ?"
Le chef d'Etat se heurte à la réticence du mouvement et d'une partie de la population depuis le lancement de négociations directes avec Israël, pour la première fois depuis des décennies. Les deux pays n'entretiennent pas de relations diplomatiques.
Le Premier ministre Nawaf Salam a lui aussi exhorté l'Iran à cesser d'utiliser son pays comme "moyen de pression" dans les discussions avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.
Téhéran exige que tout accord avec Washington englobe la fin des hostilités sur le front libanais, avec un retrait des forces israéliennes.
- "Détruite" -
Le président du Parlement Nabih Berri, qui joue un rôle d'intermédiaire auprès du Hezbollah, a de son côté évoqué pour la première fois la possibilité que le groupe chiite évacue le sud, si Israël se retirait du Liban et si un cessez-le-feu "global et sans conditions" était conclu.
Dans une déclaration commune, les ministres des Affaires étrangères de 11 pays, dont la France, le Canada ou l'Australie, et la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas, ont exprimé leur "profonde préoccupation face à l'escalade continue des hostilités au Liban".
Ils ont salué les "efforts du gouvernement libanais visant à étendre son autorité à l'ensemble du pays", notamment "en faisant progresser le désarmement du Hezbollah".
Sur le terrain, une frappe israélienne dans le district de Nabatiyé, dans le sud du Liban, a fait cinq morts, dont une femme et un secouriste, selon le ministère libanais de la Santé.
L'armée israélienne a également mené une frappe à l'entrée de Tyr. Des bombardements sur cette ville millénaire, dont l'un a légèrement endommagé l'hôpital Jabal Amel, avaient fait sept morts dans la nuit, a indiqué à l'AFP une source au sein de la défense civile. L'établissement avait déjà été touché en début de semaine.
"Ma maison au village a été détruite, ma maison à Tyr également, il ne nous reste plus que les vêtements que nous avons sur le dos", a confié à l'AFP Marwan Ghorayeb, un retraité des forces de sécurité.
- Sirènes d'alerte -
Le Hezbollah a pour sa part revendiqué plusieurs attaques contre les troupes israéliennes qui occupent une partie du sud du pays, mais pas contre le nord d'Israël.
L'armée israélienne a toutefois indiqué dans la soirée que les sirènes d'alerte avaient retenti dans des localités du nord d'Israël, après que des missiles sol-air ont visé un avion militaire, qui n'a pas été endommagé. Un porte-parole a précisé à l'AFP que l'avion se trouvait dans le sud du Liban.
Le mouvement libanais a entraîné début mars le pays dans la guerre, en attaquant Israël pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei dans l'attaque israélo-américaine.
Alors que l'accord de cessez-le-feu prévoit un maintien à ce stade des tirs et opérations de l'armée israélienne, le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a assuré jeudi qu'il n'y aurait "pas de sécurité" pour le nord d'Israël "sans sécurité pour les villages" du sud du Liban.
Pour aider le pays ravagé par la guerre, l'ONU a plus que doublé son appel aux dons, réclamant près de 640 millions de dollars sur six mois.
Les frappes israéliennes sur le Liban ont fait plus de 3.560 morts depuis le début du conflit, soit plus de 30 de plus en 24 heures, selon un nouveau bilan des autorités. Côté israélien, 27 soldats et un contractuel civil ont été tués au Liban.
J.Wilson--PI