Ballet diplomatique pour l'Iran, en l'absence de Washington
L'Iran a poursuivi dimanche en direction de la Russie son ballet diplomatique destiné à recueillir des soutiens dans sa guerre contre Washington, les Américains restant aux abonnés absents après l'annulation d'une mission des émissaires de Donald Trump.
Bientôt trois semaines après le cessez-le-feu obtenu après 40 jours de combats, le Pakistan reste au centre des efforts de médiation mais sans perspective de discussions directes entre Iraniens et Américains, tandis que des bombardements meurtriers se poursuivent au Liban.
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a quitté dimanche Islamabad pour Moscou, a annoncé son ministère, l'ambassadeur d'Iran en Russie affirmant qu'il doit rencontrer le président Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg.
Moscou, l'un des principaux alliés de la République islamique, n'a pas confirmé ce rendez-vous.
L'Iran et la Russie présentent "un front uni" face aux "forces hégémoniques mondiales" qui s'opposent aux pays aspirant "à un monde exempt d'unilatéralisme et de domination occidentale", a déclaré le représentant de Téhéran en Russie, Kazem Jalali.
Arrivé initialement vendredi à Islamabad, M. Araghchi a discuté samedi avec le puissant chef de l'armée pakistanaise, Asim Munir, et le Premier ministre, Shehbaz Sharif, avant de rallier Oman, où il s'est entretenu avec le sultan Haitham ben Tariq.
Il a aussi échangé par téléphone avec son homologue turc Hakan Fidan.
Selon l'agence iranienne Fars, Téhéran a envoyé via le Pakistan des "messages écrits" à Washington sur ses "lignes rouges" concernant son programme nucléaire et le détroit d'Ormuz - qui fait l'objet d'un double blocus iranien et américain.
- "Très victorieux" -
Les tentatives de relance des discussions ébauchées début avril dans la capitale pakistanaise ont pour l'instant échoué face à la fermeté affichée par Washington comme par Téhéran.
"J'ai dit que nous n'allions plus faire" de négociations directes avec l'Iran, a déclaré le président américain sur Fox News, avant de lancer à l'intention des Iraniens: "S'ils veulent parler, ils peuvent venir vers nous, ou ils peuvent nous appeler, nous avons de très bonnes lignes téléphoniques sécurisées".
"Nous avons fait du très bon boulot, cela va se terminer bientôt, et nous serons très victorieux", a-t-il ajouté à propos du conflit.
Samedi soir, le président Trump avait écarté l'hypothèse d'un lien entre la guerre et l'irruption d'un homme armé au gala annuel des correspondants de la Maison Blanche auquel il assistait à Washington.
Alors que le détroit d'Ormuz, par où transitaient avant le conflit 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux, est soumis à un double blocus des belligérants, l'armée américaine a annoncé l'interception en mer d'Arabie d'un navire sous sanctions "pour des activités liées au transport de produits énergétiques iraniens". Le bâtiment a ensuite fait "demi-tour vers l'Iran sous escorte".
Selon le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, "37 navires ont été redirigés depuis le début du blocus" américain des ports iraniens.
Le commandement des forces armées iraniennes a menacé les Etats-Unis d'une réponse militaire en cas de poursuite de ce blocus, dénonçant des actes de "piraterie".
- Plus de 2.500 morts au Liban -
Sur le front libanais, des frappes israéliennes dans le sud du pays ont fait 14 morts, bilan quotidien le plus lourd depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu il y a neuf jours, selon des chiffres du ministère de la Santé.
Deux femmes et deux enfants figurent parmi les tués, a précisé le ministère, ajoutant que 37 personnes avaient été blessées.
L'armée israélienne a indiqué qu'un de ses soldats avait été tué et six autres blessés dans des combats au Liban.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le Hezbollah pro-iranien se sont réciproquement accusés de violer la trêve, dont Donald Trump a annoncé jeudi la prolongation pour trois semaines.
"Les violations du Hezbollah démantèlent de fait le cessez-le-feu", a accusé M. Netanyahu. Rejetant ces accusations, le Hezbollah a affirmé qu'il continuerait à riposter aux "violations continues" du cessez-le-feu par Israël.
Le Liban a recensé plus de 2.500 personnes tuées par les opérations israéliennes depuis que le mouvement chiite a rouvert les hostilités avec Israël le 2 mars. Au moins 36 personnes ont été tuées depuis l'entrée en vigueur de la trêve le 17 avril.
burx-bar/hdz
P.Mitchell--PI