La Suisse envisage d’acheter 30 avions de combat américains au lieu de 36 en raison de surcoûts
La Suisse a estimé vendredi pouvoir acquérir seulement 30 avions de combats américains F-35A, au lieu de 36, en raison des surcoûts, envisageant par ailleurs de renforcer ses capacités de défense aérienne et d'augmenter la TVA pour financer "un fonds pour l'armement".
En 2020, les Suisses avaient approuvé lors d'un référendum une enveloppe de 6 milliards de francs suisses (6,6 milliards d'euros actuels) pour que le pays se dote d'une nouvelle flotte aérienne, les appareils américains en service F/A-18 et F5 arrivant en fin de vie vers 2030.
Mais la Suisse avait annoncé en juin 2025 que les Etats-Unis invoquaient des coûts supplémentaires liés notamment à l'inflation et à l'évolution des prix des matières premières.
"Pour les 36 appareils initialement prévus, un crédit supplémentaire d'environ 1,1 milliard de francs aurait été nécessaire" et le gouvernement "y renonce", a déclaré le ministre suisse de la Défense, Martin Pfister, lors d'une conférence de presse à Berne. Il a toutefois annoncé que le Conseil fédéral demandait un crédit additionnel de 394 millions de francs.
Selon les estimations actuelles du ministère de la Défense, "cela permettrait d'acquérir environ 30 F-35A" mais "le nombre exact dépendra des négociations contractuelles entre le gouvernement américain et les fabricants", a expliqué M. Pfister.
La Suisse espère pouvoir communiquer au plus tard au cours du deuxième trimestre 2027 le nombre définitif de F-35A au gouvernement américain que le pays alpin peut acquérir, selon un communiqué du gouvernement.
Le parti socialiste suisse et les VERT-E-S ont exigé vendredi l'arrêt de l'acquisition des F-35. Le gouvernement "doit maintenant mettre fin à cet achat et miser sur une alternative européenne", a déclaré le député socialiste Pierre-Alain Fridez.
Lors du choix du F-35, Berne avait affirmé que l'avion américain était de loin le meilleur, au prix le plus bas de tous les concurrents en lice pour le contrat (Rafale, F/A-18 et Eurofighter). Il avait aussi assuré que le prix d'achat de l'avion était garanti et ne bougerait pas, citant des assurances américaines dans ce sens.
La Suisse estime qu'une défense aérienne complète et adaptée à la menace actuelle nécessiterait 55 à 70 avions de combat modernes.
- "pas suffisamment préparés" -
Face à "la situation géopolitique tendue et la menace croissante que représentent les armes à longue distance", le gouvernement suisse entend aussi renforcer de manière ciblée les capacités de défense aérienne du pays.
"La Russie maintient sa prétention à étendre sa sphère d'influence au-delà de ses frontières. Au Proche-Orient, un nouveau conflit a éclaté qui touche aussi l'Europe. Parallèlement, les Etats-Unis réduisent leur engagement en faveur de la sécurité de l'Europe", a fait valoir M. Pfister.
"Notre pays pourrait devenir la cible d'agressions hybrides ou d'attaques menées à distance. Nous ne sommes aujourd'hui pas suffisamment préparés à ce scénario", a-t-il alerté.
Aussi, outre l'acquisition du système américain Patriot, décidée en 2021, le gouvernement va examiner l'acquisition d'un système supplémentaire de défense sol-air à longue portée, de préférence produit en Europe.
"Concrètement, cela signifie qu'il devrait s'agir soit d'un système européen, soit d'un système extra-européen produit sur le territoire européen", a-t-il précisé dans un autre communiqué, expliquant que l'objectif est de "réduire la dépendance vis-à-vis d’une unique chaîne d’approvisionnement ou d'un seul État" et "de mieux assurer la disponibilité".
La Suisse défend son choix en soulignant que les cinq unités de feu Patriot qu'elle entend acquérir ont été "repriorisées" par les Etats-Unis, avec un retard dans la livraison estimé à quatre à cinq ans.
- relèvement de la TVA ? -
Afin de renforcer la sécurité et la défense de la Suisse, l'armée estime avoir besoin de 31 milliards de francs, indique le gouvernement dans un troisième communiqué.
Il propose donc de relever la TVA "de 0,8 point de pourcentage pour une durée de dix ans" et de créer un "fonds pour l'armement". Ce dernier serait financé par les recettes supplémentaires issues du relèvement temporaire de la TVA et une partie du budget ordinaire de l'armée.
Le gouvernement espère qu'une votation populaire sur la modification constitutionnelle nécessaire à ce projet puisse avoir lieu à l'été 2027 pour que le relèvement temporaire de la TVA puisse entrer en vigueur au 1er janvier 2028.
C.Turner--PI