Le Premier ministre canadien en Chine pour tourner la page d'années de brouille
Le Premier ministre canadien Mark Carney entame jeudi à Pékin ses rencontres avec les officiels chinois pour clore un long chapitre de fâcherie et stimuler le commerce avec un partenaire soumis comme son pays aux pressions américaines.
C'est la première visite d'un chef de gouvernement canadien à Pékin depuis celle, en décembre 2017, de Justin Trudeau auquel M. Carney a succédé en mars 2025.
Arrivé mercredi soir, Mark Carney doit s'entretenir au Palais du peuple en milieu d'après-midi avec le président du comité permanent du Parlement et numéro trois du gouvernement, Zhao Leji, puis avec le Premier ministre Li Qiang. Il rencontrera et déjeunera vendredi avec le président Xi Jinping.
Ces rencontres concrétiseront le "tournant" annoncé par M. Carney fin octobre après un entretien avec M. Xi en marge d'un sommet Asie-Pacifique en Corée du Sud.
Il s'agissait des premières discussions formelles entre les dirigeants des deux pays depuis 2017. Xi Jinping avait alors invité Mark Carney en Chine.
Les rapports sino-canadiens se sont fortement dégradés en 2018 avec l'arrestation par les autorités canadiennes d'une responsable du géant chinois Huawei à la demande des Etats-Unis, suivie de l'emprisonnement de deux ressortissants canadiens en Chine, accusés d'espionnage par Pékin.
La Chine a été accusée d'ingérence dans les élections canadiennes.
- Face à Trump -
Depuis l'été 2024, Ottawa et Pékin s'affrontent sur le front commercial: surtaxes canadiennes sur les véhicules électriques et l'acier chinois, et ripostes chinoises sur des produits agricoles canadiens, dont le canola, un oléagineux utilisé pour l'alimentation et les biocarburants, dont le Canada est l'un des principaux producteurs mondiaux.
M. Carney va en Chine chercher des progrès sur ces sujets.
Si le Canada a historiquement, économiquement et politiquement des liens bien plus forts avec son voisin américain, le Canada et la Chine ont en commun de subir directement ou indirectement les effets des politiques agressives du président Donald Trump, à l'encontre des rivaux comme des alliés, depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025.
Mark Carney disait en octobre que le Canada devrait doubler ses exportations vers des pays autres que les Etats-Unis d'ici 2035 afin de réduire sa dépendance vis-à-vis de son voisin.
- "Renforcer le dialogue" -
Les services de M. Carney soulignent que la Chine est le deuxième partenaire commercial du Canada.
Le volume des échanges de biens entre le Canada et la Chine s'est élevé à 89,62 milliards de dollars américains en 2025, avec un excédent de plus de 6 milliards en faveur de la Chine, selon des chiffres publiés mercredi par l'Etat chinois. Si les exportations de la Chine vers le Canada ont augmenté de 3,2% sur un an, ses importations de marchandises canadiennes ont diminué de 10,4%.
La Chine voit dans la visite de M. Carney "l'occasion de renforcer le dialogue et la communication, d'accroître la confiance politique réciproque, d'étendre la coopération concrète, de gérer correctement les divergences, de prendre en compte les préoccupations de chacun et de consolider la dynamique d'amélioration des relations" bilatérales, a indiqué cette semaine une porte-parole de la diplomatie chinoise lors d'une conférence de presse.
J.Wilson--PI