Concurrence ferroviaire: les concurrents de la SNCF aimeraient améliorer la transparence
Plus de passagers, plus de trains, moins chers: l'arrivée de la concurrence sur les rails est bénéfique pour les passagers, mais elle peine à se développer par manque de transparence sur l'homologation des matériels roulants, jugent les concurrents de la SNCF.
"Nous constatons que les bénéfices qu'on attendait de l'ouverture à la concurrence se sont matérialisés, avec une augmentation de l'offre, de la fréquentation, de la qualité de service et un effet baissier sur les tarifs des lignes soumises à la concurrence", a déclaré mardi Solène Garcin-Berson, déléguée générale de l'Association française du Rail (AFRA) lors d'une rencontre avec la presse.
Selon l'AFRA, qui cite des données de l'Autorité de régulation des Transports (ART), 2025 a été une année "historique": la plupart des services ferroviaires passagers en France sont désormais concernés par la concurrence, après les trains de fret qui y sont confrontés depuis plus de 20 ans.
Après Trenitalia en 2021 sur la grande vitesse, 2025 a marqué l'arrivée de la concurrence sur les liaisons régionales (le réseau TER), avec en particulier l'installation de Transdev sur le tronçon Nice-Toulon-Marseille, qui a évincé la SNCF lors de l'appel d'offres.
Sur cette liaison, "les fréquences ont doublé, nous avons 14 aller-retour par jour et 16 le week-end", a détaillé Claude Steinmetz, président de la commission voyageurs de l'AFRA et président de Transdev Rail.
L'entreprise ferroviaire avait pourtant commencé avec un lourd handicap, le manque de matériel roulant, dû aux retards de livraison du constructeur Alstom Bombardier. "Depuis le 24 novembre, nous avons reçu tout le matériel", a précisé M. Steinmetz.
En 2026, Transdev attend le résultat de l'appel d'offres pour l'exploitation de "l'étoile de Saintes", les TER Poitou-Charentes.
Il prévoit aussi de déposer une offre fin janvier pour l'exploitation de "l'étoile de Reims", les trains régionaux au départ et à l'arrivée de Reims, et de candidater pour les liaisons Strasbourg-Saint-Dié et Strasbourg-Selestat dans l'Est du pays.
- "Dissiper des soupçons" -
Mais, pour augmenter la transparence et fluidifier la concurrence, l'AFRA souhaiterait que des structures "essentielles", comme les centres d'ingéniérie du matériel (CIM) ou les centres de test (Eurail test) qui servent à homologuer les locomotives avant qu'elles puissent rouler, soient "détachées" et "indépendantes" de SNCF Voyageurs.
L'association estime en effet que l'arrivée de la concurrence sur les rails français est ralentie par la faible disponibilité de ces infrastructures de test obligatoire.
"Le sujet de l'homologation des rames est à la base de la concurrence, (...) loin de moi l'idée de dire que SNCF Voyageurs ralentit le processus pour ses concurrents, mais on a besoin de dissiper un certain nombre de soupçons", a déclaré Alexandre Gallo, vice-président de l'AFRA et PDG de DB Cargo France.
"Pour homologuer les mêmes rames de train, il a fallu quatre ans en France et seulement deux ans en Espagne", a noté Marco Caposciutti, président de l'AFRA et de Trenitalia France.
Souhaitant également "une visibilité et une prévisibilité" du montant des péages à régler pour pouvoir exploiter des lignes sur le sol français, M. Caposciutti a jugé "positive" la possibilité d'obtenir des réductions sur ces péages en échange d'une desserte de gares intermédiaires dites d'aménagement du territoire, moins demandées par les nouveaux entrants, car moins rentables.
Autre grand chantier d'amélioration: la gestion des passagers en cas de retard d'une société ferroviaire X sur un trajet en correspondance avec une société ferroviaire Y.
"C'est l'un des chantiers de cette année" a dit à l'AFP M. Steinmetz en marge de la conférence de presse. "Nous attendons un accord cette année, c'est dans l'intérêt de tout le monde".
"Il faut que le passager arrivant d'une ligne régionale en retard puisse monter dans le TGV suivant sans avoir à repayer un billet, ou l'inverse", a-t-il fait valoir.
En clair, SNCF, Transdev et les autres opérateurs ferroviaires doivent se mettre d'accord pour créer une sorte de chambre de compensation comme il en existe dans le transport aérien.
Le but est "d'assurer la continuité du trajet du passager en cas de dysfonctionnement du système, quelle qu'en soit la cause (accident voyageur, conditions météo, problème technique..)", a expliqué M. Steinmetz.
J.Rogers--PI