Wall Street recule, juge les acteurs de l'IA trop endettés
La Bourse de New York a ouvert orientée en baisse jeudi, plombée par le recul des entreprises liées à l'intelligence artificielle (IA) face aux inquiétudes grandissantes des investisseurs sur leur niveau d'endettement.
Vers 14H10 GMT, le Nasdaq, à forte coloration technologique, cédait 0,72% tandis que l'indice élargi S&P 500 reculait de 0,22%.
Seul le Dow Jones (+0,50%) parvenait à s'afficher en hausse, profitant de sa composition plus tournée vers les industries traditionnelles.
C'est "un revers pour le thème de l'IA" sur les marchés boursiers, estime Patrick O'Hare, analyste de Briefing.com.
Le secteur a été pénalisé ces derniers jours par des craintes de plus en plus vives sur son modèle économique, face notamment à une concurrence chinoise grandissante.
Les déboires de CoreWeave, un spécialiste des centres de données, ont à nouveau mis le feu aux poudres mercredi. L'entreprise est lourdement endettée - à hauteur de 35 milliards de dollars selon un décompte arrêté fin juin - et ses obligations à long terme se sont échangées à des taux allant jusqu'à 15%, un signe que les investisseurs sont de moins en moins confiants à l'idée de lui prêter de l'argent.
Le titre a été lourdement sanctionné: après avoir perdu plus de 15% mercredi, il cédait encore plus de 7% jeudi.
Selon Art Hogan, analyste pour le gestionnaire de fortune B. Riley Wealth Management, "CoreWeave est l'exemple parfait" des inquiétudes animant Wall Street.
"De nombreuses entreprises contractent des dettes considérables pour financer leurs projets d'intelligence artificielle" avec une rentabilité encore très faible, souligne-t-il auprès de l'AFP.
Les investisseurs s'impatientent, quatre ans après le début de la tendance haussière qui a consacré le secteur de l'IA comme le moteur de la place américaine.
Vers 14H10 GMT, Nebius, concurrent de CoreWeave, dégringolait de 10,15%. Les spécialistes des puces électroniques étaient aussi à la peine, à l'image de Nvidia (-2,48%), AMD (-5,96%) ou Micron (-3,76%).
Mais les ventes restent encore localisées. Mercredi, Apple a ainsi repassé la barre des 5.000 milliards de dollars de valorisation boursière et la firme de Cupertino (Californie) continuait sa hausse jeudi, gagnant 0,94%.
Sur le plan macroéconomique, les prix à la production (PPI) ont accéléré en septembre aux États-Unis, à +6,3% sur un an.
Avec la nette progression des prix à la consommation (CPI), ces données renforcent, selon les analystes, les besoins pour la Réserve fédérale (Fed) de lutter contre l'inflation en rehaussant ses taux directeurs.
La prochaine réunion de l'institution devrait toutefois déboucher sur un statu quo, estiment ces experts, le prochain resserrement monétaire étant attendu pour décembre.
"C'est certainement l'un des deux risques (avec les déboires de l'IA, ndlr) auxquels les marchés sont confrontés actuellement", note Art Hogan, un environnement monétaire restrictif pénalisant l'activité économique.
Sur le marché obligataire, le rendement des emprunts de l'État américain à échéance dix ans chutait, à 5,05% contre 5,19% à la clôture la veille.
Habituellement, l'inflation soutenue et les attentes de serrage de vis par la Fed font grimper les taux obligataires. Mais les ventes dans le secteur de l'intelligence artificielle conduisent les investisseurs à se précipiter vers des actifs jugés plus sûrs comme les obligations, ce qui fait mécaniquement baisser leurs taux.
T.Moore--PI