Philadelphia Independent - Avant la mort de Jean Pormanove, mauvaises blagues ou vraies violences ?

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Avant la mort de Jean Pormanove, mauvaises blagues ou vraies violences ?
Avant la mort de Jean Pormanove, mauvaises blagues ou vraies violences ? / Photo: Valery HACHE - AFP

Avant la mort de Jean Pormanove, mauvaises blagues ou vraies violences ?

L'un parle d'une "pièce de théâtre", l'autre se dit "pas fier": les streamers Naruto et Safine, qui animaient la chaîne internet sur laquelle Jean Pormanove est mort en direct l'été dernier, ont peiné lundi à expliquer devant le tribunal correctionnel de Nice la dérive de leur concept.

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Le procès qui s'est ouvert vers 13H45 ne porte pas sur le décès à 46 ans de Raphaël Graven, alias Jean Pormanove ou JP: l'autopsie a conclu à l'absence d'intervention d'un tiers et l'enquête sur ce volet a été classée sans suite en février.

"On ne peut pas juger les faits dont vous êtes saisis indépendamment du fait que M. Graven est mort", a pourtant plaidé Me Julie Lemée, avocate de Lionel, l'un des frères de JP, en demandant en vain que l'affaire soit renvoyée devant une cour d'assises.

Owen Cenazandotti, alias Naruto, 27 ans, et Safine Hamadi, dit Safine, 24 ans, sont poursuivis pour violences en réunion, abus de faiblesse, diffusion d'images violentes, provocation à la haine ou à la violence, pour les coups et les humiliations infligés pendant des années à JP et à Stéphane G., alias Coudoux.

Le concept de la chaîne était simple: quand JP s'énerve, il est marrant. Ses colères ont attiré une petite communauté sur une chaîne où il se filmait en train de jouer, jusqu'à ce qu'il rencontre Naruto, qui lui a proposé de jouer autrement de ce trait de caractère.

Entre 2023 et 2025, Naruto a orchestré des lives tous les soirs de 21h à minuit depuis un studio à Contes, près de Nice, d'abord sur la plateforme Twitch puis, après une série de sanctions, sur l'Australienne Kick, où la chaîne comptait 200.000 abonnés et réunissait une moyenne de 20.000 internautes devant chaque live.

Si le manque de coopération des plateformes a empêché les enquêteurs de récupérer toutes les vidéos, les images diffusées ou décrites à l'audience montrent JP et Coudoux recevoir des gifles, des coups de pied, de fouet ou de batte de baseball, des cris dans les oreilles... JP reçoit des oeufs frais sur la tête, des seaux d'eau, des insultes, au son d'une petite chanson "JP veut pas d'ça".

"C'est une pièce de théâtre, c'est du cinéma, le but c'est d'aller chercher des réactions", a expliqué Naruto, polo bleu, barbe et cheveux châtain. "C'est toujours dans la bonne ambiance".

"C'est vrai que ça peut choquer, mais il faut poser la question à ceux qui suivaient tous les jours. C'est dommage de réduire ça à de la violence", a-t-il ajouté.

"En trois ans de live tous les soirs pendant trois heures (...)JP n'est jamais allé à l'hôpital. Ce n'était pas dans notre intérêt de lui faire du mal", a-t-il insisté. "Il n'était pas une serpillère, il était très heureux dans sa vie".

T-shirt blanc et cheveux noirs tirés en chignon, Safine, ami d'enfance de Naruto qui a rapidement rejoint la chaîne, se montre beaucoup plus contrit, assurant avoir essayé de prendre ses distances, même s'il avait du mal à renoncer aux 6.000 euros par mois que lui versait Naruto pour sa participation, et se sentir aujourd'hui "pas fier", voire "dégoûté" de ses actions.

En janvier 2025, à la suite d'un article de Mediapart, les deux streamers ont été placés en garde à vue. Mais le message d'avertissement n'est pas passé: les policiers "ont dit qu'ils ne comprenaient pas ce qu'on faisait là, ils ont pris des photos avec nous", a raconté Safine.

Entendus à ce moment-là, JP et Coudoux avaient confirmé la thèse des mises en scène. Mais la mort de JP en août 2026, son corps retrouvé inerte en direct sous son drap après 12 jours de live montrant des violences et des humiliations, a choqué le monde et relancé l'affaire.

Parallèlement aux procès niçois, une enquête est en cours à Paris sur Kick, pour déterminer si elle a rémunéré les streamers et quels freins elle a mis aux dérives.

T.Moore--PI