Le corps de Lyhanna probablement retrouvé, le fonctionnement de la justice critiqué
Un corps identifié comme étant probablement celui de Lyhanna, une collégienne de 11 ans disparue depuis le 29 mai, a été retrouvé jeudi dans le Gers, ce qu'une autopsie devra confirmer. Les critiques s'intensifient sur les éventuelles failles judiciaires dans cette affaire, le suspect ayant fait l'objet de plusieurs plaintes.
Au sein d'une exploitation agricole, près du village de Puycasquier, "dans un espace écarté d’une vue directe, le corps paraissant être celui d’un enfant a été retrouvé, porteur de vêtements similaires à ceux que la mineure enlevée et séquestrée portait au moment de sa disparition", a affirmé le procureur d'Agen Olivier Naboulet dans un communiqué.
Dans la foulée de cette découverte, Matignon a annoncé que le Premier ministre Sébastien Lecornu réunirait vendredi les ministres de l'Intérieur et de la Justice pour évoquer l'affaire et d'éventuels dysfonctionnements dans le traitement de plaintes pour viols accusant l'homme soupçonné d'avoir enlevé Lyhanna. Gérald Darmanin s'est dit "terrifié" par un tel "dysfonctionnement".
Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a accusé jeudi soir l'Etat qui a "lourdement failli", avant d'affirmer que "le peuple français exige des comptes", dans un message sur son compte X.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez avait annoncé mercredi diligenter, avec le garde des Sceaux, une enquête administrative sur d'éventuels dysfonctionnements.
Le principal suspect, un homme de 41 ans placé en détention provisoire et visé par plusieurs autres plaintes, avait travaillé dans l'exploitation agricole dans laquelle a été retrouvé le corps, selon un responsable agricole gersois.
Père de deux enfants, le suspect, qui connaissait Lyhanna car elle était amie de sa fille, a été mis en examen lundi pour enlèvement et séquestration, puis incarcéré.
L'autopsie doit permettre d'"identifier formellement le corps et proposer des conclusions médico-légales sur les causes de la mort", a précisé le procureur.
Elle devra également indiquer si la victime a subi des violences sexuelles, a indiqué à l'AFP un officier de gendarmerie, qui précise que les prélèvements de traces, d'indices, d'empreintes ou d'ADN sur les lieux de la découverte du corps par les techniciens en investigation criminelle sont susceptibles d'éclairer les enquêteurs de la section de recherche de Toulouse.
- "recueillement et deuil" -
Dans un communiqué diffusé par leur avocat, la famille a exprimé "le plus grand effroi".
"Dans l’attente de l’autopsie, le temps est maintenant au recueillement et au deuil. La famille tient à remercier toutes les personnes qui ont participé aux recherches (...), la Justice devra faire son œuvre en toute sérénité".
"Nous avons simplement ce soir une pensée pour toutes les familles de victimes et une pensée particulière et grave ce soir pour la famille de Lyhanna", en précisant que le parquet d'Agen communiquerait vendredi de nouvelles informations.
Au septième jour des recherches, environ 170 militaires de la gendarmerie étaient encore déployés autour du bourg de Fleurance, dans une zone rurale, boisée et vallonnée située à 80 km à l'ouest de Toulouse.
Depuis l'annonce de la disparition de la collégienne, un vaste dispositif avait été mis en place, avec des moyens terrestres, aériens (drones et hélicoptère) et des plongeurs de la gendarmerie ainsi que des pompiers.
- Antécédents -
Mis en examen, le suspect n'a fait aucune déclaration devant la juge d'instruction chargée du dossier, ni répondu à la moindre question.
Depuis le début de la semaine, des révélations sur ses antécédents ont tracé un profil inquiétant, avec plusieurs signalements ou plaintes, notamment pour viol sur mineure.
Selon la procureure de la République d'Auch, Clémence Meyer, le suspect avait notamment fait l'objet de plaintes en 2022 et 2025. La première a été classée sans suite et l'enquête était toujours en cours pour la seconde.
Mme Meyer a annoncé par ailleurs, sans plus de détails, qu'une nouvelle plainte pour viol sur mineur avait été déposée mercredi matin.
Les lacunes de traitement de ces antécédents alimentaient jeudi une incompréhension croissante, comme celle du maire de Fleurance qui dénonce un "dysfonctionnement profond", un "système" négligeant "la souffrance des victimes et des familles".
Au fil d'un porte-à-porte conduit par les gendarmes, plusieurs habitants ont partagé avec les médias leurs interrogations.
"Il y a longtemps que cet homme aurait dû avoir des problèmes", déplorait à Fleurance jeudi soir Françoise Tison, retraitée de 63 ans, elle aussi en colère et qui espère que le suspect sera "puni".
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E.Perez--PI